Economic Development
Première nation des Tr’ondëk Hwëch’in
Première nation de Kluane
Première Nation de Carcross/Tagish

Compléter les aliments récoltés sur le territoire par des denrées provenant de fermes, de jardins et de serres

Homme portant casquette et chemise bleu à genoux parmi les onions qui discute avec trois personnes ce que la ferme cultive.
Démonstration durant une visite guidée à la ferme Tr’ondëk Hwëch’in. Source : Gouvernement du Yukon

Du point de vue des Autochtones, la souveraineté et la sécurité alimentaires reposaient sur le gibier sauvage et les aliments trouvés sur le territoire. Pendant des millénaires, les peuples des Premières Nations ont pratiqué la récolte sur leur territoire pour nourrir leurs communautés. Ces pratiques se poursuivent aujourd’hui dans de nombreuses communautés du Nord.

Ces derniers temps, les Premières Nations au Yukon ont expérimenté l’utilisation de pratiques et de techniques agricoles modernes pour cultiver d’autres denrées destinées à nourrir leurs communautés. Les sociétés de développement des Premières Nations ont ouvert la voie en explorant comment les projets agricoles et communautaires, tels que les fermes, les jardins et les serres pourraient contribuer à la croissance et à l’amélioration de l’accès à des aliments de qualité.

Sha Shäw Corporation, une filiale appartenant aux Premières Nations de Champagne et d’Aishihik, prévoit ouvrir Mbät Kų, un centre à vocation communautaire pour les aliments locaux, en 2026. Construit dans un conteneur maritime modifié, Mbät Kų sera un endroit où la communauté pourra cultiver, transformer, stocker, cuisiner et acheter des aliments entiers et de qualité. Il y aura une boucherie, un entrepôt frigorifique, un plateau de culture hydroponique ouvert toute l’année et une cuisine commerciale. Mbät Kų signifie «maison des aliments» en tutchone du Sud.

La coordinatrice Lahela Reid participe à la construction du système alimentaire de la communauté depuis 2024. Elle a découvert sa passion pour l’agriculture en travaillant dans la serre communautaire à l’été 2024. Elle a constaté que, grâce à l’accès à ces denrées, elle et d’autres personnes ont commencé à manger plus de légumes.

«En grandissant à Däkwä̀kä̀da, j’avais travaillé avec des enfants ici et là et c’était toujours difficile de leur faire manger des légumes», affirme Mme Reid. «J’ai remarqué que, lorsque j’apportais des légumes frais du jardin à la maison des jeunes, les enfants étaient plus ouverts, car les légumes étaient vraiment bons. Je dois dire que, même moi j’avais de la difficulté à manger des légumes jusqu’à ce que je commence à travailler à la serre. Quand je mangeais des produits frais du jardin, c’était comme manger des légumes que je n’avais jamais essayés auparavant.»

Mbät Kų̀ jouera un rôle important dans l’élargissement et l’amélioration de l’accès des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik à des aliments de qualité. La perspective enthousiasme les jeunes de la région et les incite à participer à la production alimentaire de la communauté.

«Le mouvement pour la sécurité alimentaire intéresse aussi les plus jeunes de mes amis», ajoute Mme Reid. «Non seulement c’est important pour eux, mais ils aimeraient aussi faire partie du mouvement. Qu’il s’agisse de venir au jardin de démonstration pour désherber les plates-bandes ou d’aider avec le système hydroponique.»

Sha Shäw Corporation cherche à établir un système alimentaire local résilient bâti par la communauté pour répondre à ses propres besoins. Le carrefour alimentaire communautaire assurera un accès durable à des aliments sains tout en ouvrant des possibilités économiques grâce à l’entrepreneuriat.

«Au Mbät Kų, il sera aussi possible de louer l’espace de la cuisine commerciale et de la cuisine de boucherie», indique Mme Reid. «Nous espérons vraiment que cela inspirera le développement des petites entreprises qui pourront profiter de la cuisine commerciale. Nous souhaitons aussi faciliter l’accès à une boucherie commerciale où pourra être transformée la viande sauvage, de même que la viande élevée dans notre communauté.»

Le carrefour alimentaire offrira une infrastructure partagée permettant aux entreprises alimentaires locales d’accéder à des installations de transformation, de production et d’emballage des produits alimentaires. En éliminant les obstacles courants, le carrefour alimentaire peut devenir un incubateur et un accélérateur permettant aux entrepreneurs locaux d’utiliser des ingrédients locaux et des méthodes traditionnelles pour créer leurs entreprises du secteur de l’alimentation.

L’ouverture de Mbät Kų est prévue pour l’automne 2026. Pour Mme Reid, c’est la première étape d’un avenir riche en possibilités pour la communauté.

Femme aux cheveux long qui dance avec un tambour en premier plan
Lahela Reid, coordinatrice du project Mbät Kų̀. Crédit : Lahela Reid

«Notre objectif est de rendre Mbät Kų autonome sur le plan financier grâce à la vente de légumes, à la location d’installations, à la tenue d’ateliers communautaires, à l’offre de produits de tourisme expérientiel et à des collaborations avec d’autres entreprises locales», a déclaré Mme Reid. «Peut-être qu’on pourrait éventuellement organiser des expériences de la ferme à la table pour le festival de danse ou travailler avec l’école pour fournir des repas frais aux enfants et inspirer d’autres communautés à se lancer dans de tels projets visant la sécurité alimentaire. Yè n’ą dän utädinle, ce que tu as, tu le donnes aux autres.»

Mbät Kų est le plus récent exemple d’un projet où les communautés des Premières Nations au Yukon prennent l’initiative d’élaborer leurs propres pratiques et systèmes alimentaires et agricoles.

En 2018, la Première Nation de Carcross/Tagish a établi une ferme près de Carcross. Ce qui est cultivé à la ferme varie d’une année à l’autre. La plupart des aliments sont distribués gratuitement aux citoyens de la Première Nation de Carcross/Tagish et aux autres résidents de la région.

Juste au sud de Dawson, la ferme des Trʼondëk Hwëchʼin est une ferme d’enseignement et d’exploitation axée sur l’enseignement de pratiques agricoles durables aux citoyens Trʼondëk Hwëchʼin.

La ferme a été établie sur les terres visées par le règlement des Trʼondëk Hwëchʼin, en 2014. En partenariat avec l’Université du Yukon, la ferme s’est lentement développée et a pris de l’expansion pour accueillir des chèvres, des lapins, des cochons, des poulets et des canards ainsi que des rangs de légumes en été et des serres ouvertes toute l’année. Les œufs, la viande et les légumes produits à la ferme peuvent être achetés dans les marchés locaux ou directement à la ferme.

L’objectif des Tr’ondëk Hwëch’in était de créer une source d’approvisionnement local durable en aliments biologiques pour que des repas sains puissent être cuisinés et pour que ce soit bénéfique pour la terre. La ferme a été construite avec l’intention de cultiver des aliments locaux tout en enseignant des compétences essentielles, telles que la production et la planification des semences, le soin et l’entretien des semis, le désherbage, la lutte antiparasitaire et la récolte. Cela garantit le succès et la durabilité à long terme de la ferme. 

Bac contenant une variété de légumes cultivés et récoltés à la ferme Tr’ondëk Hwëch’in incluant des pommes de terre, carrottes, betterave et choux.
Légumes cultivés et récoltés à la ferme Tr’ondëk Hwëch’in. Crédit : Ferme Tr’ondëk Hwëch’in

Il y a plus de 25 ans, Dawn Charlie, résidente de Carmacks, se demandait ce qu’il adviendrait de l’approvisionnement alimentaire du Yukon en cas d’urgence à grande échelle. C’est à ce moment-là que l’idée de créer une initiative pour l’alimentation locale dans sa communauté a commencé à germer.

Tout a débuté en 2000-20001 avec un jardin communautaire et une petite serre. Au fil des ans, le jardin s’est agrandi et il y pousse maintenant à l’extérieur du maïs, des melons et des citrouilles, des carottes, des haricots et du chou frisé, des pois, du chou-fleur, du brocoli et d’autres légumes résistants au froid. Cela a permis aux résidents de Carmacks de profiter de produits biologiques cultivés localement et a contribué à la santé et au bien-être de la communauté. 

Après un certain temps, la Première Nation de Little Salmon/Carmacks a pris en charge la serre et les exploitations agricoles et, au fil des décennies, le projet s’est transformé en une entreprise agricole comprenant un champ de pommes de terre de l’autre côté de la rivière, une cave à légumes communautaire et des serres plus grandes. La serre et la ferme ont offert des possibilités de formation, d’éducation au jardinage et au compostage, en plus de faire don d’aliments frais aux Aînés, aux parents célibataires et aux personnes diabétiques de la communauté. Année après année, le programme de la ferme et du jardin de la PNLSC continue de s’étendre et de se moderniser, dans le but de nourrir les citoyens de la Première Nation.

En 2010, Alice Boland a reçu le titre d’agricultrice de l’année pour ses années de travail et de partage des connaissances à la serre de Little Salmon/Carmacks. Elle continue de diriger le programme de ferme et de jardin à Carmacks, veillant à ce que les citoyens aient accès à des aliments frais et de haute qualité, à un coût faible ou nul.